Les Manipulateurs Pervers : Une Pathologie Dans L'air Du Temps ?

Le phénomène est tellement à la mode que magazines, revues,  livres, films et médias multiples s’arrachent le sujet. Ils sont partout : au travail, au sein de la famille, dans la sphère amicale et bien sûr dans le couple. Qui autour de soi n’a pas accueilli le récit tragique d’une victime d’un manipulateur pervers ? Ce personnage sans scrupules, sans empathie ni remords qui œuvre pour détruire la vie de l’autre et lui fait porter une culpabilité permanente, le rabaisse, l’étouffe, pour finalement le tuer au moins psychiquement.

Pour rappel, le pervers n’a qu’un objectif : prendre du plaisir à détruire l’autre. Il n’éprouve aucune culpabilité. Dans ce registre, on retrouve nombre de tueurs en série, exposant sans l’ombre d’un regret, d’une empathie, les actes qu’il a commis. Voire, il revit avec plaisir le récit des actes en les évoquant. Or, la terre entière n’est pas peuplée de manipulateurs pervers tels ces criminels, fort heureusement !

Il serait peut-être prudent de distinguer le manipulateur pervers du manipulateur émotionnel. Et si nous parlions plutôt le plus souvent de manipulateurs émotionnels ?

Le manipulateur émotionnel/pervers

Comme le manipulateur pervers, le manipulateur émotionnel est conscient des faiblesses de sa proie et sait comment démonter ses défenses pour la vaincre.  Pour cela il est prêt à se faire passer pour victime et l’autre comme coupable afin que l’autre lui donne finalement raison et accède à ce qu’elle veut. Mais le manipulateur émotionnellement agit inconsciemment, à l’inverse du manipulateur pervers, très conscient de ses manipulations. 

Le manipulateur émotionnel agit pour effacer sa culpabilité, impossible à porter. 

Il  pourrait ainsi être victime d’une Dissonance Cognitive (Léon Festinger, psychologue, A theory of cognitive dissonnance - 1957)

Ce terme, utilisé en psychologie, notamment depuis l’ouvrage de Léon Festinger, illustre un conflit interne psychique que nous subissons quand deux pensées, qui ne paraissent pas collées entre elles,  cohabitent dans notre esprit (ou lorsqu’une action ne cadre pas avec nos valeurs, nos attitudes). Cette tension ronge la pensée et finit par mener à un résultat plutôt curieux qui amène le sujet à faire tout so possible pour l’éliminer.  Lorsque ce conflit interne apparaît, la personne se retrouve à un carrefour compliqué : en sortir par n’importe quel moyen, même si c’est en prenant la main de l’auto-tromperie. 

Car, nous avons besoin de ressentir une cohérence mentale  entre ce que nous ressentons et ce que nous pensons.

Prenons un exemple pour illustrer cette notion

L’infidélité, qui fera l’objet d’un prochain article sur mon site. Incapables de mettre fin à une relation de couple ; les manipulateurs émotionnels feront tout ce qui est en leur pouvoir pour inverser la situation et pour que ce soit l’autre qui mette un point final à l’histoire. Jean et Marie Jean veut quitter Marie parce qu’il vient de rencontrer une autre fille pour laquelle il a ressenti une « connexion spéciale » dit-il. Marie, qui n’est pas au courant de cette nouvelle attirance amoureuse, est toujours amoureuse de Jean. 

Le fait est que Jean ne s’imagine pas mettre fin à une relation qu’il aimerait achever parce qu’une autre personne est apparue dans sa vie. Face à l’inconfort psychique extrême que lui produit l’affrontement entre ce qu’il aimerait être :  quelqu’un de fidèle, et ce qu’il est en ce moment : quelqu’un d’infidèle, Jean manipulera émotionnellement Marie pour que ce soit elle qui résolve la situation qui le fait souffrir. Car le manipulateur émotionnel ressent la souffrance.

Dans sa tête, il ne peut pas avoir le rôle de bourreau, et pour se protéger il s’attribuera le rôle victime. Et, parce qu’il n’accepte pas cette réalité, parce qu’il n’assume pas sa responsabilité, il manipulera Marie jusqu’à ce que la corde se rompe définitivement. Jean fera tout son possible pour que Marie se sente épuisée par leur relation amoureuse et pour qu’elle y mette fin. Il adoptera des attitudes déplaisantes, se montrera distant et indifférent à ses demandes, etc...….. jusqu’à la décision finale de séparation portée par Marie.

Il la fera alors se sentir l’unique responsable de la rupture. « C’est toi qui m’a quitté, je n’ai jamais rien voulu de ça ! ». Le plus probable est que Marie ne comprenne pas ce qu’il se passe réellement chez Jean psychiquement puisque lui même n’est pas en mesure de l’évoquer. De cette façon, le conflit interne de Jean se résout.  Il n’aura pas été infidèle à ses valeurs puisque ce n’est pas lui qui trompe Marie mais elle en le quittant. Le voilà en posture de victime, inconsciente d’avoir mis en place la situation actuelle.

Cette notion de manipulateur émotionnel semble ainsi bien différente de celle du manipulateur pervers qui lui ne cherchera qu’à détruire l’autre, ce qui ne lui provoquera aucun conflit interne psychique. Et lui provoquera même un très grand plaisir. Alors sommes-nous tous entourés que de manipulateurs pervers ou d’individus qui cherchent inconsciemment à régler leurs propres souffrance, en faisant également souffrir mais sans le vouloir vraiment ? 

Le sujet mérite débat, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires ou questions ! Qu’en pensez vous ?

Sylvie Weisz-Doremus est une thérapeute individuelle et de couple en Île-de-France. Elle est spécialiste de l’écoute active et de la gestion des conflits.